La baffe

Il y a quelque jour j’ai assisté de loin à une scène qui m’a interloqué, choqué et plus encore.

Sur le chemin du retour à la maison, dans ma petite voiture, j’ai vu au loin un homme, une femme et un enfant qui marchaient sur le bord de la route. Vraisemblablement, il devait s’agir d’une famille. Je ne sais pas ce qu’a fait l’enfant, d’une dizaine d’années, mais son père lui a mit une baffe. L’enfant est resté sur place, la tête basse, en ce tenant la joue. Je pense qu’il pleurait.
Le père et la mère ont continué d’avancer. Puis, comme l’enfant était toujours immobile, le père à fait demi tour, à gueuler(il n’y a pas d’autre mots) sur son gamin, lui a remis une deuxième baffe, à attraper la tête de son fils entre ses mains comme s’il avait l’intention de la faire exploser, toujours en lui gueulant dessus. L’enfant donnait l’impression de vouloir se recroqueviller. Enfin le « père » l’a lâché, lui a mit sa capuche sur la tête et l’a poussé pour qu’il avance. Tout cela sous l’œil sans tendresse? indifférent? de la « maman ».

Je ne sais pas ce qu’à fait l’enfant, mais je suis sur d’une chose : il n’avait pas mérité ça. En voyant cette scène j’ai eu envie de démonter la gueule du « père ». J’ai ressenti, comme un mauvais souvenir, la douleur sur la joue, la peur de l’enfant, la colère du père et la main fourmillante de la baffe donnée. J’ai ressenti « la victime » et « le bourreau ». Sans pouvoir rien faire.

J’ai repensé à cet article de mademoiselle.com
http://www.madmoizelle.com/violence-educative-173244

Qui explique notamment ceci :
« Une violence physique et psychologique qui laisse des séquelles

Olivier Maurel, écrivain et chercheur indépendant sur la violence, liste les conséquences néfastes de ces pratiques sur le développement de l’enfant, mises en évidence par une série d’études récentes :

  • Augmentation du risque de consommation de psychotropes à l’âge adulte (2007)
  • Risques de comportements sexuels à problème : tendance à recourir à la coercition verbale ou physique pour exiger une relation sexuelle, tendance aux comportements à risque sans protection (2008)
  • Augmentation du risque de suicide à l’âge adulte (2009)
  • Impact sur le quotient intellectuel de l’enfant : les enfants entre 2 et 5 ans qui ne reçoivent pas de fessées ont un QI de 5 points plus élevé que ceux qui en reçoivent (2009)
  • Augmentation du risque de troubles mentaux, désordres comportementaux, problèmes d’alcool et de drogue (2012).
  • Augmentation du risque de cancer, de troubles cardiaques et d’asthme à l’âge adulte (2012)
  • Les enfants fessés avant un an sont plus susceptibles d’être agressifs à l’âge de 3 ans et plus déprimés ou anxieux à l’âge de 5 ans (source : Journal of Marriage and Family, octobre 2012) « 

Les commentaires suite à cet article étaient du genre « j’ai eu des claques quand j’étais petit et j’en suis pas mort. Il faut arrêter avec les enfants rois auquels les parents passent tout ». Etc.

La vous devez vous dire que je pars dans tous les sens et que mon billet n’a ni queue ni tête. Et vous allez argumenter qu’il y a la petite claque qu’on donne aux enfant pour « les éduquer » et celle que j’ai vu: « la mega baffe ». Que ça n’a rien à voir.

Maintenant je vais vous donner mon point de vu, mon expérience.

On ne commence pas par la baffe. On n’est pas des brutes quand même. Sur un petit enfant, c’est la petite tape sur la main. Sur un enfant de 3-6 ans c’est la fessé. Puis la claque sur la joue. Il faut bien y aller progressivement, et c’est sur qu’une tape sur la main ne fonctionnera pas sur un enfant de 10 ans. Il faut être sérieux ! Donc on en arrive à…la baffe.

J’ai reçu des claques quand j’étais jeune. J’ai été marqué encore plus par celles que j’ai vu administrer à mes petits frères et sœurs. Et je tente « d’accepter » celle que j’ai donné moi même pour ne JAMAIS recommencer.

Dans la liste qui est un peu plus haut, j’ai fais parti d’au moins 4 des 7 points. Et je présente d’autres problèmes en partie liés à mon enfance (comme une énorme colère, une immense facilité à me dévaloriser et un grand besoin d’amour. ) J’ai reçu des claques « pour être éduquer », je n’étais pas une enfant battue pour autant (même si j’ai quelques souvenirs assez…coriaces). A l’âge de 15 ans j’ai pris le relais (et j’en parle aujourd’hui avec beaucoup de honte) : c’est moi qui « corrigeais » mon frère et mes sœurs.

Avec le recul je me rend bien compte que je répétais ce qu’on m’avait appris. Mais j’ai honte quand même.

Et je me souviens aussi…
Je me souviens que les claques reçues ne m’ont pas appris ce qui était bien ou mal, mais qu’il ne fallait pas se faire prendre si ce que je faisais était mal (quand je faisais les choses, je ne savais pas encore si elles étaient bien ou mal). Je me souviens également de la douleur, de la peur et de la colère que tout cela faisait naître en moi. J’ai appris peu à peu à détester, à mépriser la personne qui me donner ces claques.

Douleur? peur? vous allez vous dire que mes parents devaient avoir la main lourde. Demandez leur, ils vous diront que non, que c’était juste des petites claques. Et toute ma famille vous le confirmera. Ma mère a d’ailleurs dit à mon fils récemment qu’elle ne m’avait jamais tapé…

Comme dis plus haut, j’ai moi aussi distribué tape, claque et baffe. J’ai pu constater que surtout ça défoule/décharge « l’adulte » de sa colère, de sa peur ou de tout autre sentiment qui le submerge. Il n’y a aucune leçon à en tirer pour l’enfant, mis à part qu’adulte il pourra frapper ceux qui seront moins fort que lui.

D’ailleurs c’est grâce à mon fils qu’aujourd’hui je suis convaincue que l’éducation par action physique ne sert strictement à rien (Je ne parle pas de douleur physique car je vois déjà certain dire qu’une tape sur la main « ça ne fait pas mal. Il pleure parce qu’il est vexé ».). La première fois que j’ai tapé sur la main mon fils, il avait failli se brûler. J’ai voulu lui montrer qu’il ne fallait pas toucher le feu. Il a pleuré et…m’a aussitôt rendu ma tape! Je me suis donc rendu compte qu’il n’avait pas compris que c’était le feu le problème, qu’il avait retenu qu’il pouvait taper, que c’est MOI qui avait eu peur et MOI qui étais soulagé par cette tape et que si nous continuions sur cette voix, ça serait la surenchère.

Je ne vais pas mentir, oui il m’arrive de temps en temps de fesser mon fils. Il m’arrive aussi (trop souvent) de lui crier dessus. J’ai honte à chaque fois. Quand ça arrive c’est que je suis trop fatiguée, trop énervée, que je perds le contrôle de moi même. J’ai honte vraiment. A mon sens, se n’est pas comme ça qu’on éduque un enfant. En tout cas pas si on veut qu’adulte il soit bien dans ses baskets. Je ne veux pas que mon fils ait peur de moi. Je suis convaincue qu’on peut éduquer un enfant sans lui crier dessus et sans le taper.

Alors non je n’en suis pas morte d’avoir reçu des baffes, mais je n’en suis pas devenue une adulte heureuse. Juste une enfant qui rêvait très jeune de finir rapidement ses études pour se barrer. Et je n’ai pas était une adulte équilibrée. Il a fallu l’arrivée de monsieur Ours dans ma vie, qui lui avait reçu une autre éducation (sans claque ni baffe, et pourtant il est bien élevé. La preuve que ça fonctionne) , et qui avait une autre façon de voir la vie, pour me rendre compte que la mienne pouvait être plus facile et agréable à vivre.

Pour ceux qui nous connaissent et rencontre régulièrement notre fils, je ne pense pas que nous ayons un enfant roi (peut être qu’on ne s’en rend pas compte. Mais pour l’instant nous avons plutôt des compliments sur son éducation) Il ne reçoit pas de claque ou de fessé, mais nous lui expliquons les choses, autant de fois que nécessaire. Il est respectueux, il est plutôt obéissant, il ne se met pas en danger, il connait les limites. C’est un travail de tous les jours que de lui apprendre, lui rappeler, ne pas le laisser dépasser les limites une fois parce qu’on est fatigué (changer les règles comme ça = gros problèmes). Nous essayons d’être cohérent dans nos règles (ne pas les changer sans prévenir, ni pas exiger quelque chose de trop difficile, ne pas disputer si il enfreint une règle qu’il ne connaissait pas), d’expliquer, de parler, si possible dans le calme et avec tendresse. Ce n’est pas toujours facile, on n’est pas toujours aussi disponible qu’il le faudrait.

Mais quand je vois le petit garçon adorable qu’il peut être,  le petit garçon heureux et confiant qu’il semble être, et pourtant si respectueux de nos règles, je me dis qu’on est surement sur la bonne voix. Peut être que c’est plus facile parce que nous n’en avons qu’un. On nous dira aussi qu’on a de la chance parce qu’il a un caractère facile. Mais peut être qu’il a un caractère plus facile parce qu’on ne lui a pas donner l’occasion de devenir un petit dur?(théorie de notre médecin de famille). Je ne dis pas que j’ai la science infuse ou que je suis la seule à détenir la clef d’une bonne éducation. Mais mon expérience me fait penser que même une petite tape sur un enfant n’est pas une bonne idée et j’espère que je ne serais jamais une mère qui distribue des baffes à son fils et lui gueule dessus, sur le bord de la route.
Après chacun fait ce qu’il veut, et peut être qu’une fois Ourson adulte, nous nous rendrons compte des failles de l’éducation qu’on lui aura donné. Mais pour l’instant, je me dis que ça vaut le coup d’essayer.

 

NB : loin de moi l’idée de faire une leçon de moral. Je me suis juste dis que ça pouvait donner à réfléchir.

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